Quel est l’animal qui vous fait le plus peur ? L'humain.
Comment expliquez-vous cette peur ? C'est le plus grand prédateur de la nature, attaquant, torturant, tuant, emprisonnant, mutilant, décimant sans scrupules toutes les autres espèces pour son seul confort et sans aucune limite. La seule espèce aussi incapable de se réguler et de maîtriser sa démographie.
Avez-vous déjà essayé de l’affronter, ou aimeriez-vous vous y confronter ? J'ai déjà essayé mais ne souhaite pas reconduire l'expérience.
Espèce minoritaire parmi le règne animal, l'être humain semble pourtant entretenir avec le monde vivant, des rapports curieusement déséquilibrés. Les autres animaux ont été assujettis à l'homme. Cependant les êtres vivants que ce dernier utilise, consomme, élève, capture, pêche, chasse, décime.... ont une existence propre dont l'importance n'a pour eux rien de comparable avec l'intérêt que l'homme porte à leur asservissement.
Décider de sa vie, mener une existence autonome n'est certainement pas un privilège humain. La souffrance physique et psychologique que l'on peut ressentir en étant privés des libertés les plus élémentaires, les autres animaux eux aussi la ressentent dans les mêmes conditions. Douleur et plaisir appartiennent au règne animal: la même considération devrait être accordée à tout animal, humain ou non.
Si la spécificité du statut de l'être humain est indéniable ( tout comme celle de chaque espèce ), elle ne justifie pas l'assujettissement du reste de la planète. Aucun argument scientifique ne peut affirmer de façon impartiale qu'une espèce, une race, une famille....existe pour en servir une autre. Lutter pour l'amélioration des transports des animaux de batterie, pour des soins moins brutaux dans les élevages ou les laboratoires, pour une humanisation du traitement des animaux à fourrure et des espèces exotiques capturées pour notre plaisir, est la moindre des choses, mais cela ne suffit pas. En revanche, lutter pour que les mentalités changent, que les cages se vident, que cesse l'exploitation des êtres sensibles, cela répond à une démarche élémentaire de logique et de respect.
VOULEZ-VOUS UN BON STEAK? Comment voulez-vous votre steak, bien cuit, médium, saignant?
On massacre chaque année de par le monde:
800 millions d'animaux de laboratoire 50 milliards d'animaux de boucherie
CE QU'IL FAUT SAVOIR
L'alimentation carnée est, dans les pays occidentaux, l'un des plus grands facteurs de TUERIE. Dans la mesure où l'animal est un être sensible, sa mise à mort et la consommation de sa chair ne peuvent être considérées que comme un MEURTRE conscient. Outre l'asservissement de toute son existence et la programmation inéluctable de sa mort, on peut déplorer qu'avant d'être tué ( par perforation de la boîte crânienne ou de la nuque, par égorgement, électrocution, échaudage, dépression d'air...) l'animal d'élevage doive subir de multiples tortures qui commencent à sa naissance et s'achèvent avec son abattage. L'énumération de ces pratiques serait trop longue.
Citons à titre d'exemple:
La destruction des poussins mâles par écrasement, broyage ou asphyxie, l'élevage des ovins, bovins, porcins, volailles dans de si petits espaces que les membres sont atrophiés ou brisés, les mutilations diverses sans anesthésie ( débecquetage, castration, caudectomie, écrêtage, pose de lunettes transperçant la paroi nasale...) l'anémie provoquée des veaux pour obtenir une viande blanche, le gavage des oies et canards: 1,5 Kg quotidiens de maïs cru macéré dans l'huile ou l'eau savonneuse (équivalant à 13 Kg pour un humain), afin de provoquer la dégénérescence cirrhotique tant appréciée sous le terme de foie gras, le transport national et international des animaux entassés, privés de nourriture, d'eau de repos et de soins pendant des heures, voire des jours, les mauvais traitements infligés aux animaux paniqués incapables de se déplacer, l'administration de multiples drogues synthétiques ( d'efficacité très variable) en prévention des nombreuses affections dues aux conditions de vie ( stress, maladies diverses...), si l'on peut encore appeler cela une vie... !
Est-il besoin d'ajouter que l'industrie de l'élevage contribue aux déséquilibres alimentaires, écologiques, économiques, énergétiques...de la planète: érosion, désertification, déforestation ( en Amérique Latine par exemple ), gaspillage des ressources nutritionnelles ( un hectare de céréales fournit cinq fois plus de protéines que la même superficie employée à la production de viande ), et naturelles ( en eau, en énergies ), pollution des cours d'eau, etc. Mais il n'y a pas que l'industrie alimentaire. Celle des cosmétiques et des produits ménagers est aussi une grande consommatrice d'animaux vivants, qu'elle torture inutilement alors que des méthodes de substitution existent et sont pratiquées par de très grandes marques ex. : Body Shop, Yves Rocher etc.
Parmi les tests de toxicité des produits, mentionnons une des pratiques les plus courantes, celle du DL 50 ( dose létale - c'est-à-dire mortelle - 50% ) qui consiste à faire avaler à un groupe d'animaux, suffisamment de produit pour que 50% des sujets meurent; il peut s'agir de produits de maquillage, de soins, ou ménagers comme un déboucheur ou un liquide à vaisselle. Il y a aussi des tests d'irritabilité des muqueuses, des yeux ou de la peau pour les cosmétiques et autres produits comme les crèmes solaires, les lotions après rasage etc. Même les couches pour bébé sont testées; de grandes marques de couches pour bébé pratiquent des tests dermatologiques sur des animaux préalablement rasés en les badigeonnant d'excréments humains...c'est dire l'intérêt et la précision de tels tests!)
Il n'est sans doute pas nécessaire de détailler tous les domaines dans lesquels l'homme se distingue par sa cruauté froide envers les animaux. Rappelons toutefois: l'industrie de la fourrure, absolument inutile ( animaux affamés tenus en cages exiguës, automutilations et cannibalisme fréquents, abattage par électrocution, asphyxie, étranglement, matraquage ), la chasse qui se prétend un sport naturel et écologiquement nécessaire, alors qu'elle n'est qu'un passe-temps sanglant, sans aucun intérêt pour la nature ni nécessité alimentaire, (pièges qui mutilent, meute de chiens affamés, traques interminables, tir à bout portant sur des animaux élevés en captivité). En outre, le terme NATUREL peut aussi paraître aberrant si l'on sait que plusieurs tonnes de plomb jonchent chaque année les sols et les sables des cours d'eau, provoquant maladies mortelles pour les animaux et contamination des eaux de pluie.
La liste peut encore s'ouvrir sur toutes les pratiques de commercialisation et d'asservissement de l'animal vivant que sont les zoos, les delphinariums, les rodéos, les cirques, les jeux et les spectacles ( corridas, courses, combat d'animaux), le trafic et la vente, la vivisection scientifique, etc..
CE QUE NOUS POUVONS FAIRE
Refuser que l'asservissement animal reste une banalité, une fatalité, est en notre pouvoir à tous. Refuser de cautionner ces pratiques liées à la vie courante est à notre portée. Mais on ne peut pas se contenter de mots: ce refus peut au contraire s'exprimer par une action quotidienne, concrète.
COMMENT?
En refusant de consommer et d'utiliser les productions qui résultent de ces pratiques, c'est-à-dire en boycottant viandes et produits d'origine animale, fourrures, cirques, zoos, cosmétiques et substances testées sur les animaux... Il est essentiel de rappeler que toute action à l'échelle individuelle n'est pas vaine ( le boycott est un acte à la fois symbolique et engagé qui peut faire bouger les édifices les plus inébranlables), elle témoigne au contraire d'une démarche sociale aspirant à plus de respect envers les animaux, et dans cet objectif, encourageons-les.
“L’homme est un mouton pour l’homme” par sa tendance à vivre en troupeau et à suivre un berger.
C’est un progrès s’il n’est plus une sale bête, un loup pour l’homme : il a été domestiqué. Historiquement, il a fallu reconnaître sa méchanceté naturelle : Machiavel disait qu’il fallait un despote assez méchant pour que la méchanceté de chacun s’en trouve écrasée et qu’une communauté vive en paix. Hobbes avait le même projet : un Léviathan, c’est-à-dire un monstre si terrifiant que le loup se transforme en agneau. Eh bien voilà, nous sommes devenus dociles, prévisibles : aujourd’hui nos maîtres ne sont plus tyrans, ils se présentent comme de bienfaisants bergers. Nous sommes conduits comme des moutons paisibles vers de verts paturages. Bien sûr ils parlent encore de sécurité, le chien du berger peut encore être laché et nous courir après, nous mordre même, mais enfin c’est pour notre bien, et nous nous en sommes convaincus ! Il nous faut un berger, avec un chien : nous ne supportons pas encore qu’un simple mouton commande. Avec un bon berger (il est bon par définition), nous suivons le troupeau sans hésiter, et nous voilà débarrasés de notre libre-arbitre, tant nous sommes assurés que le berger connaît le bon chemin et sait mieux que nous-mêmes où nous devons aller.
Immergés dans le troupeau, nous nous rendons incapables de penser avec recul. Nous adoptons des attitudes standardisées, nous nous réfugions dans le conformisme. Un bon mouton ne fait pas preuve d’initiative, ne se demande plus ce qu’il peut être bon de faire : le berger le lui révèle. La volonté singulière du mouton n’a aucune force : il l’a jointe à celle des autres, ne se demandant plus quoi faire mais observant “ce qui se fait” pour marcher coûte que coûte avec le troupeau. On trouve de nombreuses analogies au berger et au troupeau dans les Évangiles : la religion relie nos singularités.
Un mouton n’existe que par et dans son troupeau, de même un humain n’est humain que s’il sert l’humanité et va dans son sens. Où nous conduit cette humanité ? Nous la suivons sans réfléchir, et c’est notre devoir. Les moutons de Panurge peuvent encore se précipiter dans le vide, parce qu’ils sont inséparables.
Il faut bien suivre l’humanité comme elle va ! Mais sans savoir où elle nous conduit. Il faut bien s’intégrer, s’assimiler, oser dire “je suis comme vous” à ceux qui bêlent à l’unisson. Seul on n’est rien : avoir une identité, c’est s’identifier. Il serait insuportable d’être traité comme une brebis galeuse, nous perdrions confiance en nous-mêmes ainsi qu’en ce troupeau que nous devons juger sain pour le suivre.
Du leader ship au leader sheep, il n’y a pas grande différence. Les dominants du troupeau n’en sont pas moins moutons, rien n’est plus mimétique qu’un ambitieux. Celui qu’on suit doit être un modèle adéquat pour la masse conformiste. Si crédible, si visiblement “bon” (Nietsche rappelle que “bon” vient de “noble”, qui vient de “maître”) que le suivre c’est bien faire. L’histoire nous rappelle pourtant qu’il y eut, entre autres, un berger allemand, un guide (“führer”) rendant l’homme unidimensionnel, le réduisant à la simple dimension du mouton obéissant aux ordres, à n’importe quels ordres.
L’enjeu de ce débat était l’abolition des facultés critiques, l’aliénation sur une grande dimension, l’infantilisation de ceux qui se soumettent à un patre, padre, pater... et l’évaluation sans mauvaise foi de notre volonté. Il en faut de la soumission pour se précipiter ensemble dans le vide, ou aimer le bon berger qui, après avoir dorlotté ses bêtes, va les égorger.
Pour ne pas être moutonier, il faut résister au suivisme, au copisme, au confort. Refuser d’être mené quand bien même tous clament qu’on les mène vers le bonheur. Penser seul, accepter l’inconfort de la pensée, être prêt même à penser contre soi (ce “soi” qui s’est construit par imitations), pour se retrouver naufragé volontaire de sa propre opinion.
François Housset www.philovive.fr
À ce propos...
Alain, Propos sur le pouvoir : Le berger soigne et aime ses moutons, il les protège. Les moutons lui obéissent donc, ils reconnaissent en lui leur force et leur bien : que craindre sous un bon maître, et quand on n’a rien fait que sous ses ordres ? (...) À quoi se fier, si l’on ne se fie à cette longue suite d’actions qui sont toutes des bienfaits ? Et même si l’agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux le bienfaiteur, et le voyant tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d’agneau tout le courage possible. Alain présente le berger comme l’homme politique, s’adressant aux moutons comme un bienfaiteur : Messieurs les moutons, qui êtes mes amis, mes sujets, et mes maîtres, ne croyez pas que je puisse avoir sur l’herbe ou le vent d’autres opinions que les votres (...) Vos volontés règnent sur la mienne; mais c’est trop peu dire, je n’ai d’autre volonté que la vôtre, et enfin je suis vous. Imaginez maintenant que les moutons s’avisent de vouloir mourir de vieillesse. Ne seraient-ce pas alors les plus ingrats et les plus noirs moutons ? Une revendication aussi insolite serait-elle seulement examinée ? Trouverait-on dans le droit moutonier un seul précédent ou quelque principe se rapportant à une thèse si neuve ? Je gage que le chien, ministre de la police, dirait au berger : Ces moutons ne disent point ce qu’ils veulent dire; et cette folle idée signifie qu’ils ne sont pas contents de l’herbe ou de l’étable. C’est par là qu’il faut chercher.
Je n’apprécierai pas un club où l’on m’accepterait comme membre.Groucho Marx
Je n’aime pas qu’une personne ait une même opinion que moi, ça me donne l’impression de n’avoir qu’une demie opinion.Pierre DESPROGES, La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute.
Car il ne suffit pas de fuir la normalisation des âmes qui nous façonnent en masses apeurées : nous devons repousser aussi la tentation de hurler avec les loups par peur d’être moutons. Ni craindre ni haïr. Refuser d’être victime pour ne pas, malgré soi, devenir bourreau à son tour. Savoir que, si l’homme est un loup pour l’homme, c’est que trop souvent l’homme accepte d’être un mouton pour l’homme. Connaître ses peurs, toutes ses peurs, jusque dans le moindre fibre de son corps (« Aux moments de crise, écrit Orwell, ce n’est pas contre un ennemi extérieur qu’on lutte, mais toujours contre son propre corps »), et tenter de les dépasser. Un journaliste chilien, qui bravait chaque jour la censure de Pinochet, disait modestement : « Non pas que nous soyons courageux, mais nous apprenons à dépasser la peur. » Connaître toutes ses haines, jusque dans ces replis de haine de soi qui conduisent à la haine d’autrui, chaque fois qu’on en vient à détester dans un semblable ce que l’on ignore abhorrer en soi-même.Rebelle à Big Brother par François Brune Le monde diplomatique, octobre 2000